Par Richadson LOUIUS
Professeur et
internationaliste
Nombreux sont
mes compatriotes qui m´ont chargé de transmettre leurs salutations à leurs
arrière-parents en Afrique. «Komisyon pa chaj», dit-on en Créole.
Après quelques
heures au Morroc, j'ai abordé mon troisième vol vers ma destination finale, la
République Démocratique du Congo (RDC), anciennement appelée Zaïre et Congo Belge, pour découvrir ce que
j'appellerais "une nouvelle terre haïtienne". Vous comprendrez
pourquoi dans ces lignes.
Dans moins de 48
heures, j'ai appris ma première leçon, une très belle leçon en terre
congolaise.
Dans l'une de
mes premières inductions, - nous étions deux nouveaux arrivés: moi et un
confrère camerounais depuis devenu un ami-
une fois m´avoir présenté comme haïtien, le facilitateur a souri et m'a
dit: «je vais te donner une note d'histoire que tu n'as probablement pas. Après
l'indépendance de la RDC de la Belgique le 30 juin de 1960, le nouveau gouvernement
congolais s'est débarrassé des belges qui enseignaient dans nos écoles et ils
ont été remplacés par des professeurs très compétents venus d'Haïti. Ils ont
beaucoup apporté à notre éducation. Moi personnellement, j'ai eu plusieurs
professeurs haïtiens».
Ce fut le début
d'une éternelle répétion de cette belle note d´histoire de l'amitié
haitiano-congolaise. De la capitale Kinshasa vers la province du Kasaï (de 95
631 km2, plus vaste que nos Républiques d'Haïti et Dominicaine), au centre du
pays, faisant frontière terrestre avec l'Angola; et du Kasaï vers la province
de Goma, à l'Est, faisant frontière terrestre avec le Rwanda, la note
d'histoire se répète dès que je me suis présenté comme haïtien.
Plus d'un m'ont
partagé les anecdotes de leurs expériences avec les haïtiens.
Rares sont les
congolais et congolaises ayant fréquenté l'école entre 1960 et 1980 qui
n'auraient pas reçu le pain de l'instruction de mes compatriotes haïtiens.
En début du mois
de mars, au Kasaï, un juriste congolais est allé plus loin pour me manifester que
le médecin traitant de sa famille était un haïtien.
Ces anecdotes
sont en consonance avec les documentations historiques existantes. Le fameux
historien congolais Elikia M’Bokolo, cité par le magazine Jeune Afrique[1] dans
un article intitulé «Haïti : fille aînée de l’Afrique», a extériorisé: «J’ai été leur élève. Il y
avait parmi eux des professeurs, des médecins, des juristes – des personnes de
très grande qualité – qui nous ont beaucoup apporté» et il a par la suite
renchéri «pour nous, Haïti est à la fois le symbole de l’abaissement des Noirs
à travers l’esclavage et la traite, et de leur redressement grâce à
l’indépendance qu’ils ont arrachée au colonisateur».
Selon le
magazine Jeune Afrique, «les intellectuels haïtiens ont, depuis le temps des
indépendances africaines, beaucoup œuvré pour le continent» ; tout en rappelant
que «la quasi-totalité des Haïtiens sont des descendants des esclaves noirs
issus de la côte ouest-africaine, c’est-à-dire du Nigeria, du Bénin et du Togo
actuels». Ce qui définit le «lien humain» entre Haïti et l´Afrique, dont elle
est la fille aînée. Ici au Congo-Kinshasa, tous les hommes sont
appelés ¨papa¨ et toutes les femmes
¨mama¨, indépendamment de leur âge, comme signe de respect et
d´appréciation. Donc, en tant haïtien, j´en profite pour les appeler ¨papa¨ et
¨mama¨, car je suis venu des entrailles africaines.
Le même constat
est fait par Camille Kuyu dans son ouvrage intitulé ¨Les haïtiens au
Congo». Pour Julien Kilanga Musindé[2], lui
qui a signé le préface de l´ouvrage qui vient d´être cité, «en dépit des
difficultés de la vie quotidienne dans ce nouvel environnement, la communauté
haïtienne en RDC a joué un rôle majeur dans la construction de l'État
congolais», pour qui il est important de faire connaitre cette belle page de
l´amitié haitiano-congolaise.
Le docteur
Daniel Talleyrand, ancien professeur de pédiatrie à l'université de Lubumbashi,
deuxième plus grande ville de la RDC et située près de la frontière avec la
Zambie, a ouvert la voie à la médecine communautaire congolaise en se
rapprochant vers les gens durant ses années passées en RDC, témoignent plus
d´un.
Il sied de
préciser que la présence haïtienne de l´époque en RDC ne s´agissait pas d´une
fuite de cerveaux de nos cadres haïtiens, mais répondait au noble idéal haïtien
de contribuer á la libération et l´émancipation des colonisés. Pour le chef du
gouvernement congolais Patrice Lumumba, «Haïti c´est où la négritude s´est mise
debout, nous devons collaborer avec les Haïtiens pour nous sortir du joug
colonial»[3]. Haïti fut considéré comme le seul pays
capable de voler à leur secours.
C´est ainsi que
l´histoire rapporte[4]
qu´en juillet 1960 le ministre de
l'éducation congolais, Pierre Mulele, qui voulait faire de l'enseignement un
instrument de la décolonisation mentale des congolais, envoya sur ordre du chef
du récent gouvernement congolais un émissaire en Haïti pour solliciter au
président François Duvalier la coopération haïtienne dans le but de remplacer
les enseignants Belges par des enseignants haïtiens. Ce fut une tache très
facile pour l´émissaire congolais, car le président Duvalier avait soudainement
accepté la demande. Pour Duvalier, Haiti avait une dette envers les pays de
l´Afrique à honorer, mais aussi il voulait mitiger la pression de l´élite
haïtienne contre son régime[5].
Evidemment,
cette réalité me donne l´impression
d´avoir découvert une «nouvelle terre haïtienne». La terre de mes sœurs et
frères congolais.
Avec l´évolution
de la société congolaise et, dirait-on, le sentiment du devoir accompli,
beaucoup de cette importante communauté haïtienne ont laissé la RDC á partir
des années 1980, mais le bon goût de cette coopération reste intact sur les
lèvres congolaises.
Cette note
d´histoire s´aligne à ma publication faite sur mon blog rlouius.blogspot.com en
janvier 2018 intitulée «notre passé glorieux : un atout au service de la
diplomatie haïtienne», dont la version espagnole fut publiée par le diario
digital Acento.com[6].
Mais, quel est
l´état de la diplomatie contemporaine haïtienne, notamment vis-à-vis du
continent africain ? Nous allons faire la lumière là-dessus dans notre
prochaine publication.
A savoir plus sur la RDC.
La République
Démocratique du Congo, est souvent appelée RDC, Congo-Kinshasa ou RD Congo pour
la différencier de sa voisine République du Congo, communément appelée
Kongo-Brazzaville pour la même raison. Cette ancienne colonie fut également
appelée Congo Belge et Congo-Léopoldville entre 1908 à 1966. Puis, Zaïre avec
la zaïrianisation entre 1971 á 1997.
Son vaste
territoire est de 2 345 410 km2, soit 84.5 fois d´Haïti et 30.78 toute
l´Hispaniola, est peuplé depuis environ 200 000 ans av. J.-C. Il partage des frontières avec 9 pays: la
République centrafricaine, le Soudan du Sud, la République du Congo, l'Angola,
la Zambie, l'Ouganda, le Rwanda, le Burundi et la Tanzanie. Sa capitale est
Kinshasa.
Le Français est
sa langue officielle aux côtés du Lingala, le Kikongo, le Swahili, le Tshiluba
considérés comme langues nationales.
Elle est une
république semi-présidentielle. Son président actuel est Félix Tshisekedi.
En matière
économique, son PIB nominal (2018) fut de 47,23 milliards de dollars (89e), son
IDH (2018) fut 0,457 (faible ; 174e) et
sa monnaie est Franc congolais (CDF), 1US/1,700CDF.
En matière
minière, le pays dispose du diamant, l´or, cuivre, étain, coltan, bauxite, fer,
manganèse, charbon, pétrole, gaz méthane, Schistes bitumeux et cobalt, dont
elle détient á elle-seule 50% de la production mondiale[7].
Elle a une riche
culture musicale, connue principalement sous le nom de Rumba qui fait danser
tout le continent africain.